Bon allez j’y retourne. Où ça ? Ben au cours d’accouchement pardi.
Faut bien que je sache comment faire pour me sortir vivante de cette épreuve.
Le thème du jour : le retour à la maison.
J’arrive à l’hôpital fraîche et disponible, parée à écouter Domitille la sage femme – lobbyiste anti-péridurale, pendant deux heures.
Cette fois-ci, à mon grand soulagement, nous ne installons pas par terre sur des matelas douteux, mais sur des chaises, comme des êtres humains.
Particularité aujourd’hui : il y a plein de mâles. Je me pose la question de savoir si je ne me suis pas trompée de cours avant de demander à ma voisine si c’est un cours sur « comment protéger sa prostate en milieu urbain ». Elle me regarde atterrée, l’air de dire « mais t’es pas drôle ma fille ».
En observant les hommes, je m’aperçois qu’ils ont un point commun : tous ont, accroché à leur bras musclé une femelle enceinte.
« Ah ce sont les pères ! » dis-je à ma voisine qui a changé de place.
Domitille se racle la gorge. Signe qu’il faut la boucler sur le champ sous peine d’épisiotomie.
- Bonjour tout le monde ! Vous êtes bien installés ?
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.
- Parfait, je vois qu’il y a de nombreux papas. C’est très important qu’ils soient là aujourd’hui. Le cours à ne pas manquer en quelque sorte.
Les gonzesses qui sont venues seules s’enfoncent discrètement dans leur chaise.
- Pourquoi est-ce important qu’ils soient là ?
Brouhaha dans la salle.
Un type avec une tête de Jean-Claude prend la parole :
- Quelle question ! Nous sommes là car nous sommes concernés. Enfin, moi, personnellement, je le suis. Après tout, les pères ont toujours été relégués à des rôles subalternes en matière d’éducation. Mais Dieu merci, les choses changent ! Dorénavant nous faisons partis de la vie du bébé intégralement !
Sa femme est à deux doigts d’applaudir la plaidoirie de son héros.
Domitille le regarde perplexe. Elle choisit la diplomatie.
- Effectivement les temps changent. Mais de là à dire que c’étaient les femmes qui écartaient les pères de la vie de l’enfant, n’exagérons pas. Les hommes s’auto excluaient volontiers…
- Non je ne suis pas d’accord. De tout temps, le rôle de la mère a été porté aux nues et …
- Du calme du calme, jeune homme… On n’est pas chez Mireille Dumas !
Gloussements dans la salle.
Domitille poursuit :
- Il est important que les hommes se rendent compte de ce qui les attend lorsque le bébé sera là… Et croyez-moi, Messieurs, mieux vaut être préparés.
Les hommes déglutissent simultanément. Quelle bande de flippettes ! Ils tremblent déjà devant Domitille.
- Tout d’abord, ne vous imaginez pas que le retour à la maison va être joyeux. Madame va être sujette à une énorme baisse d’hormones qui aura pour conséquence, une légère voire, une terrible déprime. Ce n’est pas inévitable, mais c’est très fréquent. Cela peut durer une heure comme plusieurs jours. Si cela dépasse deux semaines, Messieurs, contactez un psychiatre.
- Et ça se manifeste comment le baby blues ? s’interroge une jeune fille apeurée.
- Par des pleurs, des pleurs, des pleurs … et puis aussi un sentiment de vide, d’inutilité, et de non estime de soi.
- Ca a l’air sympa, fais-je remarquer dans l’indifférence générale.
Domitille reprend :
- Dans ces moments là, il est impératif de vous faire aider. Du papa, de la belle-mère, de la grand-mère, de vos copines etc.
- Oui mais bon, on va passer pour de mauvaises mères si on n’arrive pas à gérer, non ?
- Non ! Vous passerez pour une femme qui sait se préserver ! On vous propose de l’aide ? Acceptez-la ! Et avec le sourire. Demandez à vos copines de s’occuper de votre merveille deux heures au moins – que vous ayez le temps de dormir, de vous laver, de vous épiler.
- Ah ben oui, l’épilation c’est primordial.
Merci Jean-Claude pour cette intervention militante.
- Euh, faut respecter les femmes qui ne s’épilent pas ! C’est aussi leur choix.
Une jeune hollandaise vient d’intervenir …
Domitille résume la situation ainsi :
- En gros, Madame va être exténuée. Donc, Messieurs, pas la peine de rentrer le soir et demander ce qu’il y a à bouffer – comme vous le faites si bien – car il n’y aura rien de prêt. Estimez-vous heureux si votre femme a ouvert les volets le matin.
- A ce point ?
- Oui à ce point.
Nous poursuivons la réunion sur notre rapport au corps après l’accouchement.
Domitille est formelle : nous allons nous détester pendant au moins six mois. D’où l’intérêt d’être réconfortée par son conjoint.
Là tous les hommes de l’assistance se mettent à regarder ailleurs en sifflotant.
- Hé oui Messieurs, dîtes à votre femme qu’elle est belle ! Même si elle a les fils de son épisio qui dépassent de son string Victoria Secret !
- A propos de string …
Un garçon en pull Jacquard vient de lever la main.
- Oui ?
- A partir de quand peut-on reprendre une activité sexuelle ?
- Je l’attendais celle-là ! Pas avant deux mois.
- Deux mois ???? (Cri simultané des mâles de l’assistance).
- Oui deux mois. Minimum. Car pendant les deux mois qui suivent l’accouchement, voici ce qui se passe.
Et là, Domitille se lance dans la description de l’épisiotomie, des douleurs liés aux hémorroïdes et surtout du concept de descente d’organes – le prolapsus génital, dans le milieu.
- Qu’est ce que c’est que ça ?
Domitille nous résume la chose ainsi : lourdeurs dans le bas-ventre, problèmes urinaires à répétition, voire extériorisation génitale
Grosso Modo, si on se retrouve avec la vessie au niveau des chevilles à uriner sur ses escarpins, faut pas s’étonner.
Les hommes sont décomposés. Et bizarrement, la question de la reprise d’une activité sexuelle leur paraît tout à coup beaucoup moins importante…